L’initiation proprement  dite  est le rattachement pur et simple à une organisation initiatique, impliquant essentiellement la transmission d’une influence spirituelle.

Les moyens à mettre en œuvre pour rendre effective l’initiation qui n’était au début que virtuelle ne peuvent pas suppléer au travail dont doit résulter le développement spirituel de l’être.

Ce qui est difficile, à notre époque, est moins d’obtenir un rattachement initiatique que de trouver un instructeur qualifié capable de remplir réellement la fonction de guide spirituel. Sans un tel instructeur qui n’est pas nécessairement l’initiateur qui agit comme « transmetteur » de l’influence spirituelle l’initiatique demeurerait toujours simplement virtuelle, sauf dans des cas exceptionnels.

De nos jours, nombreux sont ceux qui ont la prétention d’être des guides spirituels sans être aucunement qualifiés pour jouer ce rôle, mais ont, par contre, généralement des facultés psychiques très puissantes et plus ou moins  anormales, ce qui ne prouve rien au point de vue du développement spirituel  et est même d’ordinaire un indice plutôt défavorable à cet égard, mais qui n’en n’est pas moins susceptible de faire illusion et d’en imposer à tous ceux qui sont insuffisamment avertis. On ne saurait donc trop mettre en garde contre ces faux instructeurs qui ne peuvent qu’égarer ceux qui se laissent séduire par eux, qu’ils soient de simples charlatans ou qu’ils s’illusionnent eux-mêmes avant d’illusionner les autres.

La conclusion du psychique et du spirituel et attrait de prétendus « pouvoirs » si répandus de nos jours, expliquent le succès de certains faux instructeurs.

Il peuvent, cependant, être reconnus assez facilement par un caractère : quiconque prêtent être instructeur spirituel sans se rattacher à une forme traditionnelle déterminée ou sans conformer aux règles établies par celle-ci ne peut avoir véritablement  la qualité qu’il s’attribue

Par ailleurs, il faut préciser qu’il n’est pas nécessaire, contrairement à ce que beaucoup s’imaginent, pour être aptes à remplir le rôle d’un vrai instructeur spirituel dans certaines limites, qu’il soit lui –même parvenu à une réalisation spirituelle complète, tout au moins aux premiers stades de la carrière initiatique du disciple. Lorsque celui-ci aura atteint le stade au-delà duquel l’instructeur ne peut le conduire, ce dernier n’hésitera pas à lui faire savoir et à l’adresser à un autre maître instructeur qu’il reconnaît comme plus complètement qualifié que lui-même. Et il n’y aura rien d’anormal à ce que le disciple puisse finalement dépasser le niveau spirituel de son premier instructeur puisque les jalousies et les rivalités individuelles ne sauraient avoir place dans le véritable domaine initiatique, alors qu’elles en tiennent toujours une forte grande dans la façon d’agir des faux instructeurs.  

El Hadji Malick Sy dans Kifâya ar-Râqibîn énonce une critique véhémente du maraboutisme au Sénégal.

Mettant en exergue le verset suivant du Coran : « Il n’apparient pas à un mortel auquel Allah donne l’Ecriture, l’illumination (hukum) et la Prophètie de dire ensuite aux hommes : soyez des serviteurs pour moi et non pour Allah ! Mais soyez des maîtres selon ce que vous savez de l’Ecriture et selon ce que vous étudiez » (III, 73), il fustige le maraboutisme au Sénégal en ces termes :

« Le marabout est devenu un spectacle à rire, un jeu d’enfants, une fortune que l’on hérite de père en fils. Quand un marabout meurt on dit que c’est son fils qui doit hériter de ses fonctions. Ces marabouts se refusent à avoir un métier, ils préfèrent des quêtes au nom de la religion, ce qui est prohibé »

« Ils mystifient leurs disciples, s’approprient leur fortune ou font d’eux des domestiques à vie en alléguant que les biens des disciples reviennent de droit à leur maître.

Ce que l’on appelle haddiyya (don) n’est rien qu’un pot de vin ».

Cette œuvre n’est connue que d’une infime partie des lettrés. Cependant, certains passages sont traduits par El Hadji Rawane Mbaye dans son mémoire pour une maîtrise d’arabe intitulé : « Contribution à l’étude de l’ Islam au Sénégal ».

A propos de celui n’est qu’il considère comme l’imposteur spirituel (faux guide spirituel), le Cheikh Alawi précise dans un poème que « Dieu hait que l’on étale de vaines promesses en guise de réalité ….

A quoi bon, sans guérir, couvrir d’or des blessures ? Qu’importe à un malade ce qui n’est pas sa guérison ? »