La connaissance des saints de Dieu qui sont les amis proches du Seigneur Très-Haut, Ses élus, ainsi que les détenteurs de Ses secrets, est plus difficile que la connaissance de Dieu puisqu’il n’y a rien qui ne célèbre Ses louanges et Lui témoigne de la soumission, alors qu’Il protége et cache, Ses saints et Ses amis sous le dôme de Sa jalousie, afin que personne ne les voie ni ne les connaisse. De sorte qu’en général, on ne peut voir, connaître, comprendre le saint de Dieu, et même si on le voit, on lui est hostile et on le récuse. Ainsi, on raconte que tous les savants à l’époque de Mansûr Al-Hallaj donnèrent un fatwa en faveur de son supplice et pendirent au gibet un homme aussi précieux, le brûlèrent dans le feu et  jetèrent ses cendres dans le fleuve afin qu’il ne reste de lui en ce monde aucun vestige. Mais on raconte aussi que quand ils jetèrent ses cendres dans l’eau, elles inscrivent « Anal-Haqq » (Je suis la vérité). Quand ils virent ces prodiges, tous regrettèrent leur acte.

Il en va de même pour Moise, l’un des plus grands Prophète de Dieu (B et S), à qui Dieu a parlé  et en a témoigné « Dieu a réellement parlé à Moise » (IV, 164). Malgré sa grandeur et sa connaissance, Moïse était à la recherche de ce Serviteur de Dieu que la tradition appelle « Khadir » et dont parle la sourate XVIII du Coran. Après tant d’oraisons et sollicitation ses prières furent exaucées et Dieu lui dit : « pars en voyage et recherche Notre pur serviteur afin parvenir à lui. Moïse partit avec son page. Ils trouvèrent un de nos serviteurs ». (XVIII, 65). Aussitôt, Moïse, devint désireux de l’amitié et de la compagnie de Khadir qui lui dit :

«  O Moïse, satisfaits-toi de tout ce que as trouvé en nous et repars, car il est dangereux de faire route avec nous, tu ne saurais être patient en notre  compagnie ». Moïse supplia avec sincérité et amour.

Lorsqu’ils eurent passé un certain temps ensemble, ils trouvèrent au bord de la mer un bateau et Khadir fit un trou dans ce bateau de sorte qu’il fût mis hors d’usage. Moïse (le salut soit sur lui !) dit : « Ce que tu fais là n’est pas bien, car cette action est contraire à la sagesse et à la loi » Khadir (le salut soit avec lui !) répondit : « Ne t’ai-je pas dit que tu ne pouvais pas t’accorder avec moi » ? Moïse répondit : J’avais oublié notre convention. C’est mon premier péché, mais le pardon vaut mieux » et Khadir pardonna.

Ils arrivèrent à une île dans laquelle se trouvait un jeune enfant, beau, gracieux et doux. Alors Khadir (que la paix soit sur lui !)  prit cet enfant à la main avec douceur et tendresse et l’éloigna de la vue des gens. Aussitôt Khadir (le salut soit sur lui !) plaça l’enfant sous ses pieds et lui coupa la tête. Moïse (que la paix soit sur lui !) éleva une violente protestation disant : « Convient-il de faire périr un tel pur et innocent? »

Khadir (que la paix soit sur lui !) répondit « Ne t’ai-je pas dit : tu n’auras pas suffisamment de constance pour supporter mes actions et m’accompagner ? » Moïse dit : pour l’amour de Dieu, pardonne-moi encore, car la coutume est pardonner trois fois ; si une autre fois je proteste, tu n’accepteras pas mes excuses. Khadir pardonna une deuxième fois sous réserve qu’ils se séparaient à la troisième faute.

Puis, ils firent route ensemble et pendant huit jours ils trouvèrent rien à manger et manquèrent de mourir de faim. Dans un tel dénuement, ils parvinrent à une grande île ; ils virent qu’il avait dans la cité un mur qui menaçait de s’écrouler, Khadir redressa ce mur, répara ses ruines et les restaura. « Toutes trouvèrent ensuite un mur qui menaçait de s’écrouler. Le serviteur le releva. » (XVIII, 77). Puis Khadir prit Moïse par la main et s’éloigna avec lui. Moïse perdit patience et s’écria :

« O Khadir ! Nous sommes morts de faim, l’illicite  est pour licite dans l’état où nous sommes et tu redresses un mur sans demander un salaire ni même un morceau de pain pour que nous mangions. Ton geste est contraire à la loi et à l’équité.

Khadir (que la paix soit sur lui) dit : « O Moïse, voici les trois fautes accomplies… c’est la séparation entre toi et moi. Je vais t’apprendre l’interprétation de ce que tu n’as pas endurer avec constance » (XVIII, 78), afin que tu saches que ces actions étaient dignes d’approbation, sinon j’aurais fait le contraire.

Or, « le bateau appartenait à de pauvres gens » (XVIII, 79). La raison pour la quelle j’ai fait un trou dans ce bateau, c’est que j’ai vu par l’œil intérieur que les mécréants et les tyrans avaient l’intention de s’approprier ce bateau et d’attaquer avec lui les forteresses des musulmans, anéantissant des hommes bons et croyants. J’ai détruit ce bateau afin qu’il n’en soit pas ainsi.

« Le jeune homme avait pour parents des croyants » (XVIII, 80). J’ai voulu, par le meurtre de  ce jeune enfant, que son père et sa mère, qui étaient des croyants et des saints, échappant à la mécréance et qu’ils ne s’écartent pas, par la faute de cet enfant, du chemin de la religion, mais qu’ils atteignent leur but parfait.

Le mur de ces riches orphelins qui était délabre et menaçait de s’écrouler, je l’ai redressé et restauré sans leur demander un salaire et une récompense parce que leur père était un homme de bien. «  Leur père était un homme juste. » (XVIII, 82)

Khadir a ainsi expliqué à Moïse l’essence de la sagesse en trois secrets puis ils se séparèrent : «  Ne t’ai-je pas dit que tu ne saurais être patient avec moi ? » (XVIII, 75).

En conclusion, nous pouvons dire qu’il est plus difficile de voir et de connaître les hommes de Dieu et les saints parfaits que de connaître Dieu lui-même sans leur intermédiaire parce que nous n’avons pas la même puissance avec laquelle ses saints voient Dieu. Il nous faut donc rechercher ces hommes parfaits afin que par leur truchement nous ayions la même vision qu’eux.

Il y a peu de gens qui comprennent un tel homme qui, au  début, s’est consacré à l’amour en se conformant au Livre et à la Tradition avec une obéissance absolue, une sincérité et une révérence parfaites. Et maintenant que Dieu lui ordonne expressément, comment pourrait-il refuser ? Sans l’ordre de Dieu, le Prophète (B et S) n’aura pas épousé neuf femmes, n’aura pas mené la guerre et n’aurait pas tué des hommes et des femmes.

Le serviteur atteint finalement le stade où tout ce qu’il fait, il le fait sur l’ordre de Dieu : « Tu ne lançais pas toi-même les traits quand tu les lançais, mais c’est Dieu qui les lançait »

Plus prés de nous, Cheikh Umar Futiyu, a été incompris aux yeux de certains qui lui reprochaient d’avoir mené la guerre sainte, alors qu’il a agi sur l’ordre de Dieu.

L’homme ne peut arriver seul à Dieu, et à la connaissance de Ses attributs que par l’intermédiaire des gnostiques titulaires d’une permission spéciale d’intuition (ashal al idhnal khàss), même s’il a acquis toutes les sciences et fréquenté toutes sortes de gens ; il lui faut l’aide d’un directeur spirituel (murshid), héritier parfait (al-wârith al-Kamiî) dont l’utilité  s’étend à tous. L’héritier parfait  est diffèrent du simple héritier (wârith)  qui a acquis certaines qualités et qui ne peut être utile qu’à lui-même  ou quelques particuliers.

Ce maître lui fixera les modalités du rituel à observer et lui indiquera le chemin à suivre pour arriver à la contemplation (imushâhada) de Dieu. Ce maître, qui n’aura aucun titre à se considérer comme l’associé de Dieu dans le travail de conversion, aura néanmoins, le pouvoir de montrer la vérité et de convaincre, ayant reçu la lumière du Coran.
 
C’est par l’intermédiaire de tels hommes privilégiés, hommes justes (siddîq) et prophètes, que Dieu déverse le trop plein (fayd) de sa miséricorde (rahma), à chaque époque, sur telle de ses créatures qu’Il lui plait.

L’homme qui fréquente de telles gens se met sous leur protection et dans leur soutien, recevra sa part de cet influx venant de Dieu. Il ne faut donc prendre pour modèle que celui qui a reçu une initiation véridique et suivi le chemin des vrais Seigneurs.

Suivre un tel homme et le prendre comme exemple en se soumettant à  Sa Volonté, tel le cadavre entre les mains de son laveur, est un moyen d’arriver à Dieu.

Pour profiter des enseignements d’un tel maître, le disciple doit éviter de trop poser de questions à son maître et se comporter à l’inverse de Moïse vis-à-vis de Al-khidr en s’armant de patience et en évitant de poser des questions. Beaucoup de gens qui suivent cette voie perdent patience en cours de route. Si la pratique d’une telle voie était impossible, les Prophètes, les saints et les savants n’y auraient pas trouvé leur profit.

Par l’exemple et pas les conseils, le maître aidera le disciple à vider son cœur de l’amour du monde. Héritier du Prophète parmi ses disciples, il est comparable, à certains égards, à celui –ci dans sa communauté. De même que Muhammad (B et S) est intermédiaire entre son peuple et Dieu, de même, le maître est intermédiaire entre ses disciples et Muhammad. Il est pour le disciple l’échelle qui aidera à s’élevé jusqu’à Dieu, de sorte que quand la qualité de leur rapport est parfait, il se tisse entre eux des liens tels que l’état intérieur du maître se transpose dans celui du disciple comme l’eau qui se trouve dans deux vases communicants ; le disciple reçoit aussi l’illumination (Fath).

Cette hiérarchie et ce lien entre maître et disciple est illustré par les propos de Abdul Aziz Dabbagh selon lesquels : le serviteur ne peut connaître Dieu sans connaître au préalable Muhammad (B et S) et il peut connaître celui-ci sans connaître d’abord son maître et il ne peut connaître son maître que lorsqu’il considère tous les hommes  comme morts, s’attachant exclusivement à lui. Il s’agit, évidement, du maître qui est l’héritier du Prophète (B et S) Il y a, en effet, une hiérarchie des maîtres et une grande différence entre eux, par exemple, celui qui enseigne les sciences de la sharia (le droit musulman) et celui qui inculque les notions de sincérité  dans la dévotion, édifie son disciple en l’aidant à purifier son âme et le prépare ainsi à recevoir les secrets et les lumières les plus élevés. Le disciple ne doit s’attacher qu’à ce maître s’il a la chance de le trouver, car si celui-ci constate qu’il porte ailleurs ses regards, cela peut le priver de l’illumination. Il est, dès lors, essentiel, avant de faire acte d’allégeance à un maître, de s’assurer qu’il le mérité.

Louange à Dieu, Seigneur des Mondes !

Seigneur, je prends grâce de la douceur avec laquelle les Maîtres que tu m’as assignés me conduisent d’étape en étape dans le droit chemin. Quand, sous l’influence de Satan ou de mon moi borné et limité, je commets un péché ou une erreur, ils ne s’énervent ni ne s’irritent, ils ne disparaissent pas non plus, bien au contraire, ils sont toujours présents avec la rapidité de l’éclair pour m’avertir, m’exhorter par la bonne parole et me faire entrevoir le degré que je pourrais atteindre, par Ta grâce, si je luttais contre les mauvais penchants de mon âme ou les tentations de Satan en évitant de tels péchés. Si, au contraire, par Ta grâce, j’œuvre le bien que tu agrées, ils sont également présents et m’encouragent à persévérer et m’indiquent la manière de parfaire la bonne oeuvre accomplie. Par Ta grâce et Ta permission  ils ont daigné m’agréer parmi eux, priant beaucoup pour moi, m’incitant à persévérer dans le Dhikr de Tes Saints Noms qu’ils m’ont transmis directement, dans mon cœur, par un effet de Ta Toute-Puissance. Ils m’exhortent sans cesse à redoubler de patience ; ils m’enseignent aussi que tout arrive à son heure ainsi que Tu l’as décidé. Avec eux et par eux j’ai eu conscience de certaines de mes fautes passées et présentes, et j’ai commencé de purifier mon cœur de l’attachement à ce monde éphémère et sans consistance.

Seigneur, en vérité, tout vient de Toi et retourne à Toi, Tu es le Bienfaiteur, le Digne de louanges. Mais Tu aimes ceux qui sont reconnaissants envers Tes créatures par l’intermédiaire desquelles Tu nous combles et nous favorises. Tu es le Très Reconnaissant.

Seigneur, sois donc témoin de ma gratitude et de ma reconnaissance envers mes maîtres ; daigne leur accorder à tous des marques de Ta plus grande satisfaction selon l’estimation des mérites de notre Seigneur Muhammad le Véridique, le Digne de Foi !

Seigneur, daigne m’accorder la grâce de leur être entièrement soumis afin qu’ils me guident d’un pas ferme, des ténèbres vers la Lumière qui mène jusqu’à Toi.

Gloire à Dieu, Louange à Dieu, il n’y a de Dieu que Dieu, lui, le Vivant, l’Eternel ; à Lui appartient ce qui est dans les cieux et sur la terre, il est le Seigneur des Mondes.

Que le Seigneur Très-Haut bénisse notre Prophète Muhammad et lui accorde le salut ainsi qu’à sa famille et ses compagnons, qu’Il accorde des marques de Satisfaction à notre Cheikh Ahmed Tidjâni ainsi qu’à tous les saints ; qu’il fasse miséricorde aux croyants et aux musulmans !