De la pratique assidue des rites

Nous avons dit plus haut que la pratique assidue des rites prescrits est une condition sine qua non pour entrer dans la tariqah Tidjâniyya et pour y demeurer. Le respect scrupuleux de la Loi (Sharia) est le premier élément de la voie

Tout ce que Dieu le Très Haut a prescrit aux serviteurs dans Son Livre et dont la nécessité a été énoncée par l’Envoyé de Dieu (B et S) est un devoir de stricte obligation et une injonction pour les adultes doués de raison. La permission de s’y soustraire et la liberté de le négliger ne sont accordées à personne, qu’il s’agisse d’un juste (çiddiq), d’un saint (wâli) ou d’un sage (ârif) même s’il atteint le degré le plus élevé. Il n’y a, en effet, aucune station spirituelle qui abolisse pour le serviteur les règles de la Loi (Sharia), permettant, par exemple, ce que Dieu a défendu, rendant licite ce qu’Il a déclaré illicite ou l’inverse, ou encore supprimant l’accomplissement d’une obligation fondamentale sans excuse ni raison valables. Du reste, plus un homme a l’âme purifiée, plus sa station spirituelle est plus noble, et plus il fait d’efforts, plus son action est pure et plus sa crainte est grande.

Les œuvres des fidèles sont des indications et des signes de ce qui leur est prédestiné par Dieu conformément à la parole du Prophète (B et S) : « Agissez, car chacun à des facilités pour ce en vue de quoi il a été créé ! »

Il appartient aux fidèles de faire d’abord tous les efforts nécessaires pour exécuter ce que Dieu leur a imposé et accomplir ensuite ce qu’Il leur a recommandé. C’est seulement après qu’ils se seront acquittés de ces devoirs et de ces recommandations que se réaliseront les contemplations (muchâhadât) conformément à la tradition : « celui qui agit en fonction de ce qu’il sait, Dieu lui léguera la connaissance de ce qu’il ne savait pas. » Il a dit à cet égard : « Ceux qui auront combattu pour Nous, Nous les dirigerons vers Nos Voies » (XXXIX, 69). « O vous qui croyez ! Soyez pieux envers Dieu et recherchez l moyen d’aller jusqu'à Lui ! Combattez dans Sa Voie ! Peut-être serez-vous des bienheureux » (V,35).
 
Des hommes se sont rapprochés de Lui par leurs œuvres et par leurs actes d’obéissance et Il les a traités avec bienveillance par pure faveur de Sa part.

Dans sa forme extérieure, la révélation est limitée, finie ; du moins, c’est ainsi qu’elle apparaît aux hommes dans ses rites, ses symboles. Mais à la différence des autres formes, les formes religieuses révélées s’ouvrent intérieurement vers l’infini.

Grâce à la possibilité d’intériorisation des rites, la tariqah confère une dimension en profondeur par laquelle les formes extérieures deviennent des canaux d’une illumination intérieure. Ainsi, les formes exotériques de la religion acquièrent une certaine universalité.

Abu Horaïra a rapporté que Dieu a dit dans un hadith Qudsî : « Quiconque sera hostile à l’un de Mes serviteurs élus, Je lui déclarerai la guerre. Ce n’est que par ce que Je lui ai ordonné que Mon serviteur M’adore le mieux. Mais il s’approche de plus en plus de Moi par les œuvres surérogatoires jusqu’à ce que Je l’aime. Et lorsque Je l’aime, Je suis l’ouïe par laquelle il entend, la vue par laquelle il voit, la langue par laquelle, il parle, la raison par laquelle il comprend. » (Hadith Qudsî).
A la lumière de ce hadith, on peut comprendre que les actes par lesquels on peut se purifier et se rapprocher de Dieu sont d’bord les rites obligatoires communs à tous les musulmans et ensuite seulement les rites surérogatoires simplement recommandés. Etant entendu que le but visé dans la pratique de ces actes rituels n’est pas l’attente d’une récompense, bien que celle-ci soit légitime à un certain niveau, mais bien d’enlever le voile qui obscurcit le cœur et l’empêche de percevoir les significations cachées et de s’assimiler les Qualités divines.

Une variante du hadith précité ajoute : « Quand Je l’aime, Je le tue, et quand Je le tue, c’est Moi qui suis sa rançon. »

Cette mort à soi-même appelée « fana » est la mort ou l’extinction du « moi », tandis que la vie en Dieu et par Dieu, qui est son corollaire, est autre que Lui ; son essence étant Essence et ses qualités en Ses Qualités.

Les ésotéristes déduisent de ce hadith la multiplication des pratiques pieuses, alors que les disciples tidjâni, centrés sur la gnose, en déduisent la fréquence du rite quintessentiel du dhikr, en accentuant sa qualité contemplative. En fait, d’ailleurs, la ligne de démarcation entre ces deux conceptions est bien mince.

Ainsi, pour les gnostiques, les dévotions librement accomplies culminent dans le « souvenir de Dieu » ou s’identifie avec lui, car la raison d’être de l’homme est se souvenir.

Quant à l’amour du Seigneur pour la créature, auquel le hadith allusion,

Dieu dit : « Oui le Miséricordieux accordera Son amour à ceux qui auront cru et qui auront accompli des œuvres bonnes. » (Sourate XLX, 96)

Et l’Envoyé de Dieu de préciser : Lorsque Dieu aime quelqu’un, Il appelle Gabriel (Que Dieu le salue) et lui dit : « J’aime un tel, aime le aussi ». Alors Gabriel l’aime puis il s’écrie dans le ciel : « Dieu aime un telle, aimez le, et les habitants du ciel l’aiment. On impose ensuite son affection à la terre… » (Moslim et Bokhari).

L’amour de Dieu pour la créature est miséricorde, faveurs et bonne direction ; l’amour de Gabriel est des anges est demande de pardon et invocation en faveur de cet homme ; enfin l’affection de cet homme sera imposée aux habitants de la terre afin qu’ils l’aiment et soient satisfaits de lui.

La pratique assidue des rites obligatoires (« al-wajibât ») et des rites surérogatoires fermement recommandés (« ma taakada mîn nawâfili-l-khajrât ») aide à raccourcir le chemin qui conduit à la réalisation spirituelle. Le disciple devra donc apprendre de la science extérieure ce qui indispensable pour servir Dieu, mais ne pas s’y attardé, car on ne lui demande pas de l’approfondir. C’es la science intérieure qu’il devra approfondir en combattant le convoitise, en fuyant la sensualité, car elle sont l’opposé de la spiritualité.

Nous donnerons donc de brefs aperçus sur :

  • les rites obligatoires
  • les rites surérogatoires tout en renvoyant pour étude détaillée aux ouvrages de fiqh.